L'histoire d'un type qui a la bougeotte

Vous, je ne sais pas, mais moi j'ai la bougeotte. Des drôles de fourmis dans les jambes.

Je connais le symptôme.

Quand ça me prend, en général, ça ne me lâche plus.

Je vous explique. Je suis bien, ici, avec vous. On est bien tous ensemble, au chaud, dans le chalet, Judith, David, et vous tous. On est entre nous, on papote, on s'étripe gentiment. Oui mais voilà. On est entre nous, justement. Et seulement entre nous. Nombreux, certes : vous êtes douze mille par jour, à passer nous voir. Avant la campagne, vous étiez deux fois moins.

C'est beaucoup, douze mille. C'est toute une petite ville.

Mais en même temps, ce n'est rien. Que pesons-nous, à douze mille, face aux millions de cerveaux disponibles matraqués tous les jours par les médias des oligarques ?

Je vais vous dire ce que nous pesons : rien.

J'ai longtemps cru au simple pouvoir des mots. J'ai longtemps cru que de simples mots, portés de sommet en sommet par les mille relais de la Toile, pouvaient faire tomber les murs de Jericho.

La bataille est finie, et les murs sont toujours debout. L'image règne. Le sondage trône. La représentation qui vient de commencer semble devoir durer mille ans. Le système semble invincible.

Et j'ai peur. J'ai peur des années d'apparence souveraine, de séduction implacable, qui nous attendent. J'ai peur que nous soyons sans voix, parce que nous sommes isolés et défaits. J'ai peur que nous soyons inaudibles aux foules. Et moi, je veux les foules, les foules qui ont le dernier mot. Je veux les foules distraites, les foules pressées, les foules des gares, toutes les foules. Je veux les foules tendres, aux bas instincts.

Bien sûr, en ce moment, certains mastodontes semblent avoir la bougeotte. Une sacrée bougeotte ici, qui m'a bien occupé ces derniers jours. Et peut-être même bientôt là. Mais rien n'est encore sûr, ni le pire ni le meilleur. Et puis, les mastodontes bougent lentement. Je les garde à l'oeil, mais je m'attends à devoir être patient.

Alors, dans l'immédiat, je regarde autour de notre petit chalet, tous ceux qui crient la même chose, ou des choses du même genre, dans des chalets voisins, ou pas trop éloignés.

Il y a les copains, d'abord. Celui-ci, par exemple, cet énervé.. On n'est certes pas d'accord sur tout. Parfois même sur rien. Mais j'aime bien le lire. J'aime qu'il soit là, chaque matin, remonté comme une pendule. Il y a des voix, comme ça, aussi énervantes que nécessaires.

Dans un autre genre, celui-là. Lui, j'aime bien sa manière d'y croire encore, même s'il ne sait pas très bien à quoi, et de refuser de grandir, envers et contre tout. J'aime sa manière de montrer, au fond, toujours la même chose : comment il se fait jeter. Cette image nous dit quelque chose sur notre époque. Je ne sais pas quoi, mais quelque chose de nécessaire.

Voilà pour les historiques. Et puis, il y a des nouveaux. Cette bande-là, bien sûr, qui a déboulé dans le paysage en faisant un certain raffut, dont nous avons eu ici quelques échos. Manifestement, ils ont faim, ceux-là, de faire craquer les choses. Ils ont déjà sorti un joli paquet de scoops. Ils ont des infos. Ils connaissent des gens. Ils sont introduits. Ils ont envie de mordre dans la pomme, ça se voit. D'accord, le rangement laisse un peu à désirer, chez eux, on sent qu'ils ont démarré sur les chapeaux de roues en oubliant quelques boulons, mais on se dit que ça vaut la peine de se donner la peine de chercher. Et qu'ils en ont sous le pied.

Et puis, il y a un chalet tout neuf, que vous connaissez peut-être moins, qui n'est pas encore vraiment ouvert, mais j'aime bien la déco. Et puisque nous sommes en week-end prolongé, prenez le temps, par exemple, de découvrir ceux-là. Cette ironie froide, ce laconisme implacable : il me semble que ça fonctionne. Cette manière, par exemple, d'évoquer l'exécution de Quitterie Delmas par Marielle de Sarnez. Vous voulez qu'on prenne les paris ? On lira peut-être la même chose dans Le Monde la semaine prochaine. Mais en cinq fois plus long, et ça sonnera moins vrai.

Bon, d'accord, pour l'instant ils ne font que du recyclage, et ne produisent rien par eux-mêmes, hormis quelques légendes acides. Mais je sens chez eux une réactivité réjouissante, une plasticité jubilatoire, qui me semblent indispensables pour traverser les années qui viennent, pour exister face au rouleau compresseur. Internet, ce n'est pas seulement du contenu. C'est aussi un art de la posture, et surtout une science du moment. Il ne s'agit pas seulement de dire et de faire circuler quelque chose. Il est plus important encore de le dire au moment exact. Moi, par exemple, je n'ai pas l'instinct du moment. C'est pour cela que je suis un très mauvais photographe, et que je ne ferai jamais une grande carrière d'animateur télé. C'est plus fort que moi : il faut que je prolonge, que j'attende, que je retouche sans fin. Ce sera prêt quand ce sera prêt. Si on rate un moment, pas grave, il y aura toujours le moment suivant. J'ai tort. Le moment, c'est essentiel. Le moment, c'est le message, comme disait (presque) Mac Luhan. Chaque moment est bon à prendre. Et les oligarques, en face, commencent à le comprendre. D'autant que leur nouveau grand patron, lui, il sait ce que c'est qu'une guerre de mouvement. C'est un fou du moment, un amant du moment. Il sait que Maintenant est Tout. Qu'hier et demain n'existent pas, comme disait (je crois) Orwell. Hier et demain, il a des conseillers pour ça, des conseillers pour hier et des conseillers pour demain, mais il s'est réservé le morceau de roi : maintenant. C'est ce territoire, qu'il faut lui disputer. Et lui disputer maintenant.

Alors, je me demande une chose. Et si, d'une manière ou d'une autre, tous ceux-là se regroupaient, derrière les murailles d'une nouvelle forteresse ? Est-ce que leur voix ne porterait pas plus fort ? Est-ce que ça ne vaudrait pas la peine ? Sans crier la même chose, bien entendu. Mais en criant au même endroit, comme ici, par exemple, en inaugurant ensemble une polyphonie des moments.

Quand je dis "je me demande", en vérité, ça va plus loin. Comme j'ai la bougeotte, j'ai pris mon bâton de pélerin. Et on s'est vus, ces derniers jours, avec tous ceux-là, et quelques autres. On discute. On se parle. On hésite. On se demande. On aimerait bien faire des trucs ensemble. On n'est pas sûrs de savoir comment. Mais je ne voudrais pas laisser passer le moment. C'est pour cette raison que je vous demande votre avis, maintenant.

source: DS du bigbangblog.net
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# Posté le samedi 26 mai 2007 07:29

Coup d'Etat Permanent 2...

Coup d'Etat Permanent 2, Hollande et déprime
Une VIe république est née. Le nouvel élu vient de réussir l'exploit de réviser sans le dire la constitution de la Ve république, une affaire menée en deux jours sous les applaudissements d'une presse qui juge que rien n'est plus moderne pour un chef de l'Etat que de s'afficher en culottes courtes au bois de Boulogne.

Soit.

Nous y sommes donc. Un régime présidentiel à l'américaine sans "check and balance" vient d'être instauré silencieusement en France. Qu'on en juge. Un président omnipotent. Un Premier ministre ravalé au rang de directeur de cabinet. Des ministres dépendants directement des conseillers de l'Elysée en charge de leur dossier. Des directeurs de cabinet choisis par l'Elysée. Et demain, plus de 400 députés UMP à l'Assemblée Nationale, un Sénat de droite, un Conseil Constitutionnel de droite, un CSA de droite, au total une confiscation sans précédent de tous les pouvoirs de la république au profit d'un clan, d'une bande, d'une faction qui veut tout, qui prend tout, qui écrase tout, qui brise tout et qui va mener ce pays à la déchéance morale.

Je ne suis pas sorti de ma retraite pour assister benoîtement à ce spectacle là. Je l'avais dit, les institutions de la Ve république sont dangereuses, elles l'ont toujours été, elles le seront toujours. L'élu du 6 mai s'est octroyé des pouvoirs qui, aux yeux du monde, condamneraient Bush et Poutine à entrer dans l'histoire aux côtés de Peron et de quelques autres guère plus recommandables. Combattre ce personnage, son régime, sa clique, ses pompes, ses télévisions est une nécessité républicaine absolue, ceux qui caressent le doux rêve de créer une sorte de PSU social-démocrate à l'usage des années 2000 se trompent de priorité.

Il est grand temps d'écrire « le Coup d'Etat Permanent 2 » et puisque personne dans le PS d'aujourd'hui ne parait saisir la dimension de l'enjeu, (hormis quelques jeunes prometteurs), je vais m'en charger moi-même.

source: http://francoismitterrand2007.hautetfort.com/
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# Posté le dimanche 20 mai 2007 06:58

La République des Joggers

La République transpire, la République sautille, la République s'étire. En petites foulées, depuis quelques jours, la République jogge.

Pendant sa retraite, le Président a joggé. Lors des tractations à La Lanterne pour préparer la composition du Gouvernement il a encore joggé. Après l'annonce de la formation du gouvernement, avec le premier ministre, dans les allées du Bois de Boulogne, il joggait toujours.

Le jogging gouvernemental fait même des émules. Eric Besson hier, interrogé dans les allées du Luxembourg, était lui-même en short et accordait à la télévision une interview joggeuse, expliquant sa joie, son honneur, etc.

Comment attrape-t-on les images qui joggent ? Est-on prévenu de l'itinéraire par les communicants ? Suffit-il de se poster sur les parcours de santé et d'attendre le convoi ? Christophe Barbier, Jean-Michel Apathie et Alain Duhamel vont-il devoir s'y mettre si désormais il faut jogger pour comprendre la politique ?

S'afficher joggant d'accord, mais pour dire quoi ? Qu'on reste jeune ? Qu'il faut rester en forme ? Qu'on sait se détendre ? Qu'on est normal ? Qu'on a un corps ? Qu'on inspire et qu'on respire ? Et si on jogge à deux, Président et Premier Ministre, ça veut dire quoi ? Qu'on s'entend bien ? Qu'on court au même rythme ? Qu'on soutient la cadence ?

Et si l'image d'une République joggante devenait comme en radio le jingle de ce quinquennat ? Ca pourrait donner ça. « Après avoir reçu Nelson Mandela, le Président de la République est allé jogger au Champs de Mars ». « A l'issue d'une nuit de négociation avec les partenaires sociaux, le chef de l'état et Jean-Louis Borloo se sont accordéé un jogging sur les berges de la Seine ». « Alain Juppé et le chef de l'Etat ont prolongé leur discussion le temps d'un jogging amical sur la plage d'Arcachon où la famille Sarkozy aime à se retirer en été ».

Personnellement j'attends que les femmes du gouvernement s'y mettent. Le fier soulèvement des poitrines, la détermination des regards tournés vers l'horizon indépassable des objectifs présidentiels ! Aaah, Valérie Pécresse en Nike et en sueur.

Le pied.

Le jogging comme ponctuation symbolique de l'action présidentielle, c'est assez tentant. Ca pourrait devenir entraînant, même. Imaginez que les Françaises et les Français se mettent à emboîter le pas du Président ? Un, puis deux, puis trois, puis cent, puis des milliers de joggers socialistes, communistes, verts, trotskistes, centristes, apparentés, anarchistes ou sans étiquette qui règleraient leur foulée dans la sienne, tous unis derrière l'allonge présidentielle.

Avec un coq aussi sportif, le jogging deviendrait alors un sport national
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# Posté le dimanche 20 mai 2007 06:50

Analyse du Gouvernement Fillon I

Ce Gouvernement compte quinze ministres, quatre secrétaires d'Etat et un haut commissaire :

- Alain Juppé : ministre d'Etat, ministre de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durables

Pourquoi ce retour ? Est-ce la première fois (je n'ai pas le temps de vérifier) qu'un ancien condamné pour une affaire de corruption pendant un an se trouve ainsi propulsé ministre d'Etat ? J'hésite sur le sens à donner à ce ministère. Y mettre un poids lourd politique est un signe fort, mais y mettre quelqu'un qui n'a pas particulièrement travaillé pour la cause de l'environnement est aussi un signe de prudence...



- Brice Hortefeux : ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Codéveloppement

Je n'ai toujours pas compris à quoi correspondait l'administration en charge de l'identité nationale. Il aura pour mission de lui donner un contenu. Ce qui peut faire peur...

- Rachida Dati : garde des Sceaux, ministre de la Justice

Une nomination plus indépendante du président de la République eût été de nature à me rassurer un peu plus. Le lien Elysée-Vendôme va être fort, j'eus espéré une position plus consensuelle, plus haute.


RAS.

- Christine Lagarde :
ministre de l'Agriculture et de la Pêche

Tiens ? Pour mission de défendre la PAC ?


- Eric Woerth : ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique

Quel dommage qu'on n'y ait pas mis Alain Lambert, ou Méhaignerie. Eric Woerth avait réussi à quasi-justifier les baisses de 4 points de prélèvements obligatoires de Nicolas Sarkozy. Il va maintenant falloir qu'il ne les mette pas en oeuvre...

- Eric Besson : secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre, chargé de la Prospective et de l'Evaluation des politiques publiques

La blague anti-socialiste. Ou comment Nicolas Sarkozy sait utiliser au mieux les talents. Ca grince à gauche, ça doit jubiler à droite. Je lui souhaite de pouvoir effectivement éclairer le premier ministre d'une prospective efficace, et ne pas trop souffrir des maux décrits dans son livre, une fois à Matignon.

- Dominique Bussereau : secrétaire d'Etat auprès du ministre d'Etat, ministre de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durables, chargé des Transports

Il fallait caser un raffarinien ?

Un gouvernement de communication, d'impulsion d'agenda, essentiellement, qui vise à rassurer ... Nous verrons les postes supplémentaires, et les actes dans les jours à venir.

Source: Versac
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# Posté le dimanche 20 mai 2007 06:50

Rachida Dati ou « le goût du Kärcher »

La première visite de la toute nouvelle ministre de la Justice aura été pour le quartier des mineurs de Fleury-Mérogis. Touchante initiative ? Que non ! Juste pour rappeler à ces jeunes que « nous serons intraitables sur la délinquance des mineurs. On n'aura plus le laxisme qu'on a eu pendant longtemps », rappelant notamment les projets contre « le multirécidivisme » de Nicolas Sarkozy. C'est ce qu'un confrère, toujours bien intentionné pour tout ce qui concerne la politique sécuritaire de président, appelle « la révolution Dati ».

Drôle de « révolution » en effet. Mettre à la tête de cette institution une figure emblématique de cette « deuxième génération » alors que des milliers d'autres jeunes de la même origine – qui ne sont pas des voyous – croupissent dans des cul-de-basses fosses est en fait un choix particulièrement pervers. Qu'un infime pourcentage seulement de ces jeunes puissent, au prix de mille difficultés et de beaucoup d'acharnement personnel, s'en sortir par le haut n'est pas la preuve que « tout est possible ». C'est même exactement l'inverse. La nomination de Rachida Dati à un tel poste dans un tel gouvernement sonne ainsi moins comme une promesse que comme un avertissement aux déviants : « Etant donné vos origines, vous serez très peu d'élus; alors résignez vous ou gare ! »

Prononcés par l'un(e) de ces fils ou filles de « bonne famille » qui hantent les cabinets ministériels ces mots n'auraient pas eu le même impact. Dits par cette « fille d'immigrés algériens et marocains, fille d'une famille de douze enfants », ils donnent tout son sens à l'objectif politique de ce gouvernement. C'est « marche ou crève » dans un système où les chances de trouver un travail et de s'intégrer dans les meilleures conditions possibles sont extrêmement difficiles car, nous le savons, un fils ou une fille d'immigré maghrébin ou « noir » a en gros dix fois moins de possibilité de trouver un emploi, de le garder et de faire carrière qu'un fils ou une fille d'origine « européenne ». Mais pour la justice républicaine, pas de circonstances atténuantes. C'est le même régime pour tous. Hypocrisie d'un droit formel. Injustice et discrimination en vérité. Mais comment pourrions nous reprocher ce traitement à celle qui est devenue en quelques semaines la preuve vivante que la République sait récompenser ses serviteurs les plus méritants ?

Rachida Dati, qui est intelligente, n'est évidemment pas dupe du cynisme du rôle que l'on entend lui faire jouer. Elle l'assume. Pendant la campagne, au cours d'un débat télévisé, le syndicaliste étudiant Bruno Julliard, reprenant Paul Wermus qui appelait Mme Dati « madame la ministre », avait demandé : « Ministre de quoi ? » Du tac au tac, elle avait répliqué : « Ministre de la rénovation urbaine au Kärcher ».
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# Posté le dimanche 20 mai 2007 06:41