Pendant que le PS se ferme et se referme sur lui-même, grondant et vilipendant, Ségolène Royal pour avoir passé un coup de fil à François Bayrou !, de son côté, Nicolas Sarkozy ouvre et rouvre encore et toujours. Singulier contraste entre une gauche porc-épic et une droite Panda ou nounours en peluche. Une droite apparemment douce, si douce pour ses adversaires. Pour François Bayrou par exemple devant qui l'UMP retire son candidat... qui allait être battu. Plus fort encore : les syndicats d'enseignants sont sortis ravis et même enchantés de leur rendez-vous à l'Elysée.
Pourtant il y a quelques semaines encore, Sarkozy c'était le diable, le fric et le flic, l'obscène à nos portes, le « Caca 40 », l'infra-culture, la guerre civile. Certes, déçus par la gauche, certains professeurs allaient jusqu'à se tourner vers le centre de François Bayrou, mais plutôt mourir que d'aller au-delà. Pour les enseignants, traditionnellement, la gauche c'était l'intelligence, la morale, alors que la droite symbolisait l'immoralisme et la bêtise à tête de taureau, enfin de Sarko. Cette droite tant de fois combattue dans les urnes et dans la rue. Des années de manif, de militantisme, de contestation...
Or, avec les fédérations de parents, les syndicats d'enseignants se sont rendus à l'Elysée, dans l'antre de la bête, et - à quelques jours du second tour des législatives ! - ils ont claironné leur satisfaction d'avoir trouvé une oreille attentive. Sarko les a reçus mais c'est lui qui a été reçu avec mention bien !
Il faut dire que le Président a accepté de retirer le décret Robien (son ex-collègue de l'Education nationale !) qui voulait étendre le temps de travail des enseignants. Le chef de l'Etat qui est donc aussi en charge de l'Education, comme du reste, leur a aussi annoncé qu'il suspendait le dispositif permettant l'apprentissage à 14 ans. Certes, il reste des points d'inquiétude, comme le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Mais quand Sarkozy chante, comme il l'a encore fait, le travail à l'école, le mérite, le respect, la discipline, les enseignants reprennent en ch½ur.
Comment voulez-vous que la gauche aille les mobiliser ensuite, et les faire voter contre ce chef d'orchestre si habile qu'il enrôle jusqu'à ses adversaires. Ainsi l'a-t-il encore répété à ses proches et aux dirigeants de l'UMP, le lendemain du premier tour, « c'est parce que j'ai ouvert, contrairement à Chirac, que nous avons gagné et c'est parce que j'ouvrirai encore que nous l'emporterons demain... L'ouverture, c'est la garantie anti-érosion du pouvoir». Concrètement, cela signifie la mise en avant et en valeur des ministres de gauche comme Bernard Kouchner au Darfour et Eric Besson, « le social-traître » sur la TVA sociale justement.
Ouverture, que de crimes seront commis en ton nom... La nomination des prochains secrétaires d'Etat fera encore souffrir les sarkozystes estampillés, les fidèles des fidèles qui devront attendre et ravaler leur amertume. Du moins les hommes, qui sont trop nombreux pour trop peu de places, puisqu'on parle de 7 nominations, parmi lesquelles les femmes d'abord, comme la centriste ex-UDF Valérie Létard, la black Rama Yadé, française d'origine sénégalaise, une des révélations de la campagne, ou la rousse Nathalie Kosciusko-Morizet, spécialiste piquante des questions d'environnement. A côté de celles-ci, Nicolas Sarkozy voudrait faire figurer une autre femme, de gauche, certains évoquant le nom de Christaine Taubira, la radicale, mais très engagée dans cette lutte mémoriale sur l'esclavage qu'a stigmatisée l'ex-patron de l'UMP lorsqu'il était en campagne présidentielle. A défaut, le président du parti radical de gauche, Jean-Michel Baylet, est un candidat quasi déclaré, de même que le sénateur mitterrandolâtre Michel Charasse qui n'avait pas hésité à afficher pour Sarkozy une sympathie proportionnelle à son antipathie envers Ségolène Royal.
Le tropisme sarkozyste vers le centre et la gauche laisse peu d'espoir aux ralliés d'hier comme les ex-UDF Maurice Leroy, Nicolas Perruchot ou François Sauvadet et encore moins aux partisans de toujours qui n'en peuvent plus de piaffer : Luc Chatel, Yves Jego, Dominique Paillé ou Laurent Wauquiez. Il y en a peut-être un ou deux qui seront retenus. Les autres devront prendre leur mal en patience en vantant les mérites du grand chef qui les a prévenus : « fermer un peu serait mourir beaucoup ». Et pas seulement électoralement.
Ce sont les mauvais jours qu'il faut anticiper. Le but est de prendre la suprématie, le rôle-titre dans la démocratie d'opinion pour amortir le choc de mesures qui ne seraient pas populaires. Et donc apparaître comme l'ouvreur en chef, le grand frère de la Nation qui va jusqu'à offrir un statut en or à l'opposition, jusqu'à lui suggérer de se moderniser, de se repenser pour concourir ensemble à la nécessité de la démocratie de demain. Aussi Sarkozy va-t-il organiser la gauche comme on l'enterre, faire mieux que Chirac bien sûr, mieux que Mitterrand aussi évidemment, et mieux que Giscard qui avait échoué à démocratiser la société française et à domestiquer la gauche. Sarkozy veut faire mieux que tous, être la star, la nouvelle star incontestée, incontestable. A la place de Julien et de Tigane ce soir on se méfierait, « Nicolas » pourrait fort se pointer pour la finale de la « Nouvelle Star » sur M6. Vous imaginez, Julien a été élu par les lectrices de Elle « homme le plus sexy de l'année... devant Brad Pitt ! » Ça, c'est insupportable pour Sarkostar !
Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.
Source: http://marianne2007.info/
Pourtant il y a quelques semaines encore, Sarkozy c'était le diable, le fric et le flic, l'obscène à nos portes, le « Caca 40 », l'infra-culture, la guerre civile. Certes, déçus par la gauche, certains professeurs allaient jusqu'à se tourner vers le centre de François Bayrou, mais plutôt mourir que d'aller au-delà. Pour les enseignants, traditionnellement, la gauche c'était l'intelligence, la morale, alors que la droite symbolisait l'immoralisme et la bêtise à tête de taureau, enfin de Sarko. Cette droite tant de fois combattue dans les urnes et dans la rue. Des années de manif, de militantisme, de contestation...
Or, avec les fédérations de parents, les syndicats d'enseignants se sont rendus à l'Elysée, dans l'antre de la bête, et - à quelques jours du second tour des législatives ! - ils ont claironné leur satisfaction d'avoir trouvé une oreille attentive. Sarko les a reçus mais c'est lui qui a été reçu avec mention bien !
Il faut dire que le Président a accepté de retirer le décret Robien (son ex-collègue de l'Education nationale !) qui voulait étendre le temps de travail des enseignants. Le chef de l'Etat qui est donc aussi en charge de l'Education, comme du reste, leur a aussi annoncé qu'il suspendait le dispositif permettant l'apprentissage à 14 ans. Certes, il reste des points d'inquiétude, comme le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Mais quand Sarkozy chante, comme il l'a encore fait, le travail à l'école, le mérite, le respect, la discipline, les enseignants reprennent en ch½ur.
Comment voulez-vous que la gauche aille les mobiliser ensuite, et les faire voter contre ce chef d'orchestre si habile qu'il enrôle jusqu'à ses adversaires. Ainsi l'a-t-il encore répété à ses proches et aux dirigeants de l'UMP, le lendemain du premier tour, « c'est parce que j'ai ouvert, contrairement à Chirac, que nous avons gagné et c'est parce que j'ouvrirai encore que nous l'emporterons demain... L'ouverture, c'est la garantie anti-érosion du pouvoir». Concrètement, cela signifie la mise en avant et en valeur des ministres de gauche comme Bernard Kouchner au Darfour et Eric Besson, « le social-traître » sur la TVA sociale justement.
Ouverture, que de crimes seront commis en ton nom... La nomination des prochains secrétaires d'Etat fera encore souffrir les sarkozystes estampillés, les fidèles des fidèles qui devront attendre et ravaler leur amertume. Du moins les hommes, qui sont trop nombreux pour trop peu de places, puisqu'on parle de 7 nominations, parmi lesquelles les femmes d'abord, comme la centriste ex-UDF Valérie Létard, la black Rama Yadé, française d'origine sénégalaise, une des révélations de la campagne, ou la rousse Nathalie Kosciusko-Morizet, spécialiste piquante des questions d'environnement. A côté de celles-ci, Nicolas Sarkozy voudrait faire figurer une autre femme, de gauche, certains évoquant le nom de Christaine Taubira, la radicale, mais très engagée dans cette lutte mémoriale sur l'esclavage qu'a stigmatisée l'ex-patron de l'UMP lorsqu'il était en campagne présidentielle. A défaut, le président du parti radical de gauche, Jean-Michel Baylet, est un candidat quasi déclaré, de même que le sénateur mitterrandolâtre Michel Charasse qui n'avait pas hésité à afficher pour Sarkozy une sympathie proportionnelle à son antipathie envers Ségolène Royal.
Le tropisme sarkozyste vers le centre et la gauche laisse peu d'espoir aux ralliés d'hier comme les ex-UDF Maurice Leroy, Nicolas Perruchot ou François Sauvadet et encore moins aux partisans de toujours qui n'en peuvent plus de piaffer : Luc Chatel, Yves Jego, Dominique Paillé ou Laurent Wauquiez. Il y en a peut-être un ou deux qui seront retenus. Les autres devront prendre leur mal en patience en vantant les mérites du grand chef qui les a prévenus : « fermer un peu serait mourir beaucoup ». Et pas seulement électoralement.
Ce sont les mauvais jours qu'il faut anticiper. Le but est de prendre la suprématie, le rôle-titre dans la démocratie d'opinion pour amortir le choc de mesures qui ne seraient pas populaires. Et donc apparaître comme l'ouvreur en chef, le grand frère de la Nation qui va jusqu'à offrir un statut en or à l'opposition, jusqu'à lui suggérer de se moderniser, de se repenser pour concourir ensemble à la nécessité de la démocratie de demain. Aussi Sarkozy va-t-il organiser la gauche comme on l'enterre, faire mieux que Chirac bien sûr, mieux que Mitterrand aussi évidemment, et mieux que Giscard qui avait échoué à démocratiser la société française et à domestiquer la gauche. Sarkozy veut faire mieux que tous, être la star, la nouvelle star incontestée, incontestable. A la place de Julien et de Tigane ce soir on se méfierait, « Nicolas » pourrait fort se pointer pour la finale de la « Nouvelle Star » sur M6. Vous imaginez, Julien a été élu par les lectrices de Elle « homme le plus sexy de l'année... devant Brad Pitt ! » Ça, c'est insupportable pour Sarkostar !
Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.
Source: http://marianne2007.info/